La police, armée jusqu'aux dents, était positionnée aux deux bouts de la rue et la population était coincée au milieu entre les deux grandes positions de la police. Celle-ci a tiré à maintes reprises des gaz lacrymogène sur une population paisible. A chaque fusillade, la population fuyait dans les parages mais pour retourner immédiatement voir ce qui s'est passé dans la rue.
La police a essayé d'éteindre les feux dans la route, mais après son passage, le feu était directement rallumé avec comme combustibles de l'essence, des planches et des vieux pneus. Des attroupements ont été formés spontanément et on pouvait entendre à travers les chansons des manifestants des messages comme : «Nous avons juré, Nkurunziza sera jugé par le peuple burundais à défaut il sera conduit à Arusha ou à La Haie, Guillaume Bunyoni sera conduit à La Haie, Adolphe sera conduit à La Haie ». D'autres insistaient pour que tous ces criminels soient jugés au Burundi pour l'honneur de notre peuple et de l'Afrique. Ils n'ignoraient pas les limites des tribunaux internationaux.
A maintes reprises, certaines personnes ont été arrêtées par les manifestants et étaient accusées d'être des Imbonerakure. Les manifestants leur ont demandé de montrer leur carte d'identité et leur téléphone. Après la lecture des messages des téléphones, il était ordonné à celui qui avait les messages des imbonerakure de quitter vite le lieu.

Vers 12 heures, un détachement des manifestants a décidé de descendre à la Radio Publique Africaine, RPA en sigle pour la libérer. Le Ministre de l'Intérieur Edouard Nduwimana, le ministre de la Sécurité publique Gabriel Nizigama et celui de la communication, Tharcisse NKEZABAHIZI, étaient dans les enceintes de cette radio, et cette radio annonçait qu'ils étaient venus la fermer. Les manifestants ont quitté l'Avenue de Nyakabiga et ont pris l'Avenue universitaire sur le pas de gymnastique en chantant qu'ils ne voulaient plus le Président Pierre Nkurunziza. Les manifestants ont été dispersés par la police une fois arrivés au centre de la ville de Bujumbura.

Les manifestations se sont déroulées principalement dans les quartiers Nyakabiga, Bwiza, Buyenzi, Musaga, Ngagara et Kinama. Trois personnes y ont laissé leur vie, cinq ont été blessées par la police et plusieurs autres ont été enlevées et conduites par la police dans des lieux inconnus. Ces manifestations interviennent au lendemain de la désignation de Pierre Nkurunziza par le congrès du CNDD-FDD comme candidat de son parti aux élections présidentielles de 2015 . Pour rappel, les accords d'Arusha et la Constitution de la République du Burundi, une émanation de ces accords sont sans équivoque, ils précisent bel et bien que personne ne peut aller au delà de deux mandats présidentiels. Beaucoup de sages et d'analystes politiques continuent à prodiguer des conseils à Nkurunziza et lui demandent de renoncer à briguer le troisième mandat suicidaire et d'organiser un dialogue avec l'opposition sur les modalités de mise en place des institutions de transition chargées de lever toutes les hypothèques à la paix, à la démocratie et au développement et de préparer des élections libres et transparentes.

